Denis DIDEROT
Lycée
Marseille - tél : 04 91 10 07 00
 

Comment dessiner l’innommable (rencontre avec Didier Zuili)

samedi 16 janvier 2016, par M. Petitfrère, professeur d’histoire-géographie, M. Usseglio, professeur d’italien

Dans le cadre du projet Mémoire et du dispositif Auschwitz et grâce à la compétence et à la gentillesse de Martine Yana du Centre Simon FLEG, nous avons pu rencontrer le dessinateur / auteur de bande dessinée, illustrateur et réalisateur français, Didier Zuili ce jeudi 14 décembre. En effet, le centre FLEG accueille une exposition de planches de BD, intitulée : « Varsovie Varsovie », sur la résistance de la communauté juive de Pologne, dans le ghetto de Varsovie jusqu’à la révolte d’avril 1943.

Présentation du projet Mémoire et Citoyenneté 2015/2016

Nous sommes à l’automne 1939. La Pologne a été conquise par les nazis. Emmanuel Ringelblum comprend à l’instant le sort qui sera réservé aux juifs d’Europe. Membre de l’Action Sociale Juive et de l’American Joint Distribution Committee mais aussi homme d’action, il se trouve au cœur des événements. Depuis Varsovie, informé à chaque instant de tout ce qui advient aux juifs de Pologne, Ringelblum témoigne de la catastrophe qui s’abat sur la population juive. Il retrace l’histoire dans un journal. Jusqu’à la fin de la guerre les « Archives Ringelblum », s’accumulent : journaux intimes, documents, papiers officiels, des posters et décrets …qui font et feront la mémoire de la communauté et au-delà un message pour le monde entier.

Dans la BD qui devrait s’appeler : « VARSOVIE VARSOVIE », Didier Zuili conte l’histoire de Jonasz Heller, jeune enfant du ghetto de Varsovie qui entre en résistance. Le scénario est donc inspiré de « Chronique du ghetto de Varsovie » d’Emmanuel Ringelblum. Didier Zuili ne s’est pas senti de rendre l’industrialisation de la mort par l’image. Il a décidé de dessiner la résistance (qui est peu représentée selon ses dires) avec pour objectif final : « Une bande dessinée « pour les générations futures » selon l’expression même d’Emmanuel Ringelblum, conçue comme un acte de transmission et de mémoire… ». Cet opus paraîtra en 2016 aux Editions Marabout Hachette puis devrait être publiée aux Etats Unis, en Israël, en Belgique et en Allemagne.

De cette après-midi pluvieuse, bouclée par la police (car un ministre de la République visitait le Quartier), de nombreuses belles choses sont à retenir. Une vingtaine de nos élèves de Terminales (L/ ES/ AA/ S) ont pu toucher du doigt et du crayon sur du papier dessin, ce que signifie « Dessiner l’indessinable  »… ce que veut dire se mettre en empathie ou à distance afin de toucher l’innommable. Cet innommable comme figure ; un homme immobile, incapable de bouger, incapable de parler, incapable de ne pas parler. Assis dans un endroit gris, environné de gris selon Beckett ...Voilà le thème de la réflexion que Didier nous a proposé. Vouloir dépasser l’incapacité de reproduire en dessin ou en peinture une vision apparue lors d’une méditation. C’était forcément intéressant, surtout après - et dans la perspective- de notre visite à Paris au Mémorial de la Shoah ( C.f article sur la sortie).

La révolte du Ghetto en 1943 - première révolte citoyenne contre la barbarie – est devenue significative et symbolique de la définition du mot « Résister ». Soigner les gens malades, trouver de quoi faire une soupe, continuer à apprendre, monter des spectacles, imprimer des journaux sont les premiers actes de ceux qui disent Non. De ces petites choses mises bout à bout, on touche l’acte de résistance ! Dans cet univers suffocant, c’étaient les enfants qui nourrissaient les parents, qui pouvaient se faufiler et s’évader pour revenir ensuite et offrir de quoi subsister.

Se lancer dans l’esquisse, c’est se résoudre à vouloir réfléchir sur nos difficultés à accepter d’être. Pour initier la démonstration par l’expérience, Didier propose aux élèves de mimer « Le cri » de Munch. Il décline ensuite en lecture quelques lignes d’un ouvrage de Michel Pachter : « Ceux qui se sont sauvés des flammes arrivent. Nous ne refusons à personne l’hospitalité. Chaque vie doit être sauvée. Ils sont tellement traumatisés. Aucun son ne sort de leurs lèvres. ». Nos étudiants, devant leur page blanche, ont pour mission de s’emparer du cauchemar pour en faire quelque chose. Il faut se servir de l’élan, des premiers coups de crayons, pour aller plus loin. Même si on ne sait pas sur quoi marche, on fait quelque chose…. Le spectateur terminera le tableau a dit Picasso. Ensuite chaque dessinateur présente sa démarche personnelle, ses tâtonnements…On se débarrasse de notre passion pour le beau.

Une autre étape un rien surréaliste est proposée en fin de séance. Un mot / un geste… répété plusieurs fois à l’ envi… Le geste doit aller avec le mot, avec son mouvement…On s’étonne, on admire, on vit la confusion ou le brouillard des traits qui disent quelque chose… On réfléchit à ce qui s’entend derrière toutes les paroles déposés cet après-midi là.

Ces deux heures sont passées bien vite et nous ne pouvons que remercier encore une fois Didier Zuili, Martine Yana et l’organisation de centre Fleg, pour l’invitation et le travail abouti qui en est sorti…

Portfolio

 
Lycée Denis DIDEROT – 23, boulevard Laveran - 13013 Marseille - tél : 04 91 10 07 00 – Responsable de publication : M. Nicolas Tramoni - ce.0130050j@ac-aix-marseille.fr
Dernière mise à jour : dimanche 19 septembre 2021 – Tous droits réservés © 2008-2021, Académie d'Aix-Marseille