Denis DIDEROT
Lycée
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Les Relais de la mémoire – conférence de Paris en mars 2018

mardi 8 mai 2018, par M. Petitfrère, professeur d’histoire-géographie, Mme Villedieu, professeure d’histoire-géographie

Du mercredi 14 mars au dimanche 18 mars 2018, quelques élèves du lycée Denis Diderot ont participé aux rencontres des Relais de la mémoire à Paris. Ils ont été logés par des familles d’élèves d’un des lycées parisien qui nous accueillait. Cette année le thème des rencontres était « migrations et déplacements en temps de guerre », un sujet riche et complexe, avec une forte résonance actuelle. Les élèves ont eu la chance de participer à des témoignages, des conférences, des visites, des ateliers artistiques… Voici leur récit

Encore plus d’informations sur le site de l’association les relais de la mémoire junior :

https://relaisdelamemoire.jimdo.com

Mercredi 14 mars, journée “visite libre” de Paris.

Par Marie Chom

Nous sommes arrivés à Paris-Marne la Vallée en début d’après-midi. Tout d’abord nous sommes partis en direction du lycée la Providence qui se situe à Vincennes afin d’y déposer nos valises pour pouvoir nous balader dans Paris plus tranquillement.

Dans un premiers temps nous avons visité le musée du Louvre.

Le musée du Louvre se situe dans le 1er arrondissement de Paris. A l’origine le Louvre a longtemps été l’une des principales résidences des rois de France. Devenu musée en 1793, il présente les œuvres de l’art occidental du Moyen Âge à 1848, ainsi que des civilisations antiques qui l’ont précédé et influencé. Les collections du musée sont réparties dans huit départements : le département des Antiquités égyptiennes, des Antiquités grecques, étrusques et romaines, des Antiquités orientales, des Arts de L’Islam, des Peintures, des Sculptures, des Objets d’art et des Arts graphiques. Nous avons eu la chance de voir la célèbre Joconde de Léonard de Vinci qui tenait sur une feuille A4 ainsi que beaucoup d’autres peintures très célèbres que l’on peut étudier en cours d’histoire. Nous avons également pu visiter les chambres aménagés de Napoléon 1er, un vrai palace ! Cependant, le musée du Louvre est bien trop grand pour qu’on puisse le visiter entièrement en une seule journée, bien qu’il soit super intéressant, il est fatiguant à visiter.

Dans un deuxième temps, nous sommes allés dans le jardin des Tuileries.

Il est situé dans le prolongement immédiat du musée, entre celui-ci et la Place de la Concorde. Le jardin des Tuileries est le plus vaste et le plus ancien jardin public de Paris. Avec son art paysager et ses sculptures, il offre un lieu de détente et de repos au cœur de la ville.

Pour finir l’après-midi, nous nous somme rendu à Montmartre pour un temps libre entre élèves.

Montmartre, célèbre quartier du 18e arrondissement où on peut retrouver la basilique du Sacré Cœur mais aussi une vue splendide sur Paris.

Jeudi 15 mars : Tables-rondes témoins

Témoignage de Claude Du Granrut

par Maya Serrano

Madame Claude Du Granrut a 88 ans aujourd’hui, elle est commandeur de la Légion d’honneur et grand officier de l’ordre national du Mérite. Elle a été une femme politique dans différents ministères de 1957 à 1974, un membre du Comité des Régions au sein de l’Union européenne de 1994 à 2008, présidente de la SFAADIR (Société des familles et amis des anciennes déportées et internées de la Résistance), elle a aussi été membre de la Commission nationale des monuments historiques mais aussi magistrate, journaliste et écrivaine. Elle est née en novembre 1929 à Versailles, elle a étudié au Lycée Molière dans les années 1940 (un des lycées qui nous a accueilli lors de ces rencontres). Claude habitait avec sa mère et son père dans un appartement proche du lycée Molière. Elle a hérité du nom masculin Claude car c’était la 3ème fille, et que son père voulait absolument un garçon.

Ses parents étaient dans la Résistance, ils faisaient partie de “l’Alliance” un réseau qui donnait des renseignements sur les nazis aux Alliés. Lorsque la guerre a éclaté, les soldats allemands traquaient les résistants, ils faisaient de nombreux défilés aux Champs élysées afin de montrer leur pouvoir et leur force. Sa mère et son père furent arrêtés par la Gestapo dans leur appartement. Claude n’était pas là et échappa ainsi à cette arrestation. Ses parents furent déportés au camp de concentration de Ravensbrück. Claude vivait alors seule à Paris et allait au lycée Molière tous les jours en étant sans nouvelles de ses parents.

Sa mère était très complice avec Jacqueline Fleury, une résistante déportée au camp de Ravensbrück qui nous a aussi fait l’honneur de nous raconter son histoire durant les relais de la mémoire. La mère de Claude est passée à la sélection pour les chambres à gaz, pour y échapper elle se faisait belle, du moins essayait-elle de paraître utile pour le travail.

Durant la période du Bac, Claude reçu une lettre de sa mère provenant de Suède. Cette lettre lui apprit que celle-ci était encore en vie et qu’elle allait revenir, malheureusement sans son père, mort au camp d’Ellrich. Au retour de sa mère, Claude pensait que la vie allait redevenir plus agréable, cependant de nombreuses choses avaient changé. Sa mère avait d’énorme difficultés à se réintégrer dans la société, elle avait du mal à retrouver du travail, elle ne parlait pas car les gens ne voulaient pas la croire ou même la prendre au sérieux. Alors elle s’était murée dans son silence. Elle dormait par terre par habitude, elle avait plein de petites habitudes qui faisait ressentir à Claude ce que sa mère avait vécu.

Le seul moment où Claude n’avait pas de tristesse pour sa mère c’était lorsqu’elle invitait des amis déportés à la maison ; sa mère était heureuse et rigolait beaucoup. Malgré l’horreur qu’elle a pu y connaître, elle a réussi à survivre et en est ressortie très marquée. Claude vécu très longtemps auprès de sa mère après son retour. Ils sont même partis en vacances en Allemagne, sa mère n’en voulait pas aux Allemand car, pour elle, ils étaient à la botte d’Hitler. Dans les année 1950, sa mère s’occupait d’accueillir en France de jeunes étudiantes américaines. L’une d’elle sera très proche de sa mère, il s’agissait de Jacqueline Bouvier, future Jackie Kennedy.

Poussée par sa mère qui l’aurait bien vue ministre, Claude a mené une brillante carrière. Sa mère est morte à l’âge de 94 ans ; c’était “ une résistante increvable “. Claude se rappellera toujours de cette phrase que sa mère lui disait : “Quand on a contemplé la mort, on est blindé pour la vie.”

Ce fut un témoignage très touchant dans lequel Claude nous montre la fierté et le modèle qu’a été sa mère pour elle, l’héroïne de son histoire dans lequel elle rend hommage dans son livre intitulé “Le piano et le violoncelle”.

Témoignage de Malka BRAUN

par Withney Djikpor

Malka BRAUN est venu nous raconter l’histoire de son père, Sam BRAUN.

Sam BRAUN est né le 25 août 1927, il est le troisième des quatre enfants de ses parents. Ses parents ont fuit les persécutions antisémites en Pologne et en Russie pour venir s’installer à Paris avant la Première Guerre mondiale.

Le 12 novembre 1943, la milice française débarque dans leur appartement à Clermont Ferrand pour prendre son père mais elle aura finalement décidé d’amener Sam, qui a 16 ans à ce moment là, sa petite soeur et ses parents dans une caserne à Clermont Ferrand pour être après amené à Drancy, qui est le camp d’internement des juifs français.

Le 10 décembre 1943, ils arrivent à Auschwitz mais Sam est séparé de ses deux parents et sa sœur, qui, eux, sont directement emmenés dans les chambres à gaz. Il est amené dans le camp Buna-Monowitz où il sera terrassier jusqu’en 1945 (matricule n°167472).Le 18 janvier 1945, le camp est évacué vers d’autres camps et c’est là que commence “la marche de la mort”.

S’il ne suivait pas le rythme, il se faisait exécuter. Un jour, il trébucha mais l’un des nazis qui l’avait vu, ne l’exécuta pas, il devint alors un rescapé de la marche de la mort.

Il est libéré en mai 1945, à Prague par des résistants tchécoslovaques, retrouve son frère et sa sœur et deviendra médecin et père de quatre enfants de deux mariages différents.

Il restera 40 ans dans le silence mais en 1995, il commença à raconter son histoire auprès des lycéens et des collégiens, il ne délivra pas un message de haine mais un message de pardon. Il publia son témoignage” Personne ne m’aurait cru, alors je me suis tu” en 2008.

Malka, sa fille, porte un très grande admiration envers son père, qui vivait dans le pardon avec une énorme bonté et non dans la haine.

Témoignage de Catherine Rives

par Boussaina Brahmi

Pendant la Guerre froide, la guerre du Vietnam a opposé le Vietnam Sud, pro-occidental, au Vietnam Nord, communiste. Les Américains sont intervenus directement en soutenant le Vietnam Sud. Ils ont fini par se retirer du conflit en 1975. Ceux qui ont gagné la guerre sont les Vietnamiens communistes. Après cette victoire, les non-communistes ne pouvaient pas avoir accès aux études au Vietnam.

Catherine Rives est née dans une famille vietnamienne du Sud, son grand-père était ministre du gouvernement pro-occidental. La famille de Catherine et Catherine elle-même n’étaient pas communistes.

Ils sont donc venus en France en hiver 1981 mais c’était l’élection de François Mitterrand, 1er président socialiste de la Ve République, et ils ont eu peur que la France elle aussi devienne communiste. Ils sont ensuite allés en Thaïlande. 

Catherine est en France depuis 30 ans et pourtant elle garde toujours un sac au cas où elle devrait se déplacer (avec ses diplômes, son passeport, un pull, et un peu d’argent).

Elle est retournée au Vietnam pour une thèse et elle a été reniée par sa famille car ils pensaient qu’elle allait revenir très riche et partager avec eux.

Depuis la libéralisation économique du pays, elle va beaucoup plus souvent au Vietnam. Au Vietnam il n’y a qu’un parti politique seulement. Les Vietnamiens sont à 90 % bouddhistes et au Vietnam il y a 120 millions d’habitants et 10 % de la population a fui comme la famille de Catherine au moment de la victoire des communistes.

Témoignage de Claudine Baumann

par Jade Chambon

Claudine Baumann est née en 1922. C’est une ancienne élève du lycée Molière dans lequel nous avons pu la rencontrer dans le cadre d’une table ronde. C’était une résistante à Lyon dans le mouvement Combat avec son mari, sa sœur Yvette Baumann-Farnoux, fondatrice des Relais de la Mémoire, et son beau frère. Elle a toujours réussi à échapper à la Gestapo en se réfugiant, en se cachant et en fuyant dans les Alpes, tout en continuant à résister.

DE VOYAGE EN VOYAGE…

Claudine a aujourd’hui 96 ans et nous avons eu la chance de pouvoir écouter son histoire de résistante dans le cadre d’une table ronde.

Tout d’abord, elle nous raconte qu’elle est rentrée “par hasard” dans la résistance. C’est à 16 ans et demi qu’elle rencontre quelqu’un au commissariat de police. C’était une fille obéissante. Un policier lui propose d’entrer dans la résistance. Pourquoi elle ? Parce qu’elle avait une “bonne gueule”, c’est ce qu’il lui a dit. Elle était Juive est s’était donc faite une fausse carte d’identité ainsi que sa sœur.

Cette nouvelle résistante n’avait qu’une idée en tête, accomplir sa mission de résistante. 2 jours plus tard, elle retourne au poste de police pour récupérer des papiers à porter dans différents endroit et à la préfecture de Lyon.

Elle avait un sac à dos et était en vélo. Cette mission était faite pour elle car elle avait un air innocent ce qui évitait que les gendarmes ne lui contrôlent ses papiers ou vérifient quel genre de papier elle transportait.

Elle n’a jamais porté l’étoile jaune.

Le policier avait 27 ans et était embrigadé dans un mouvement qu’il dirigeait. Pour elle, il était vieux.

Elle était en “zone libre”, c’était dangereux à ce moment là, ses parents n’étaient au courant de rien, pour eux, sa soeur et Claudine étaient d’innocentes filles.

Leur mouvement de résistance se nommait “Combat” qui devint un journal pendant 2, ans et demi. Claudine était éclaireuse dans les éclaireuses de France, ce qu’on appellerait aujourd’hui “scout”.

Elle s’est mariée en avril 1942 à Lyon, c’était en pleine période de guerre. Elle a eu une fille (le 9 décembre 1942) qui a aujourd’hui 75 ans.

Son mari était le lieutenant Aranson. Il était appelé au STO (service du travail obligatoire) et était recherché, il ne pouvait donc pas rester à Lyon. Il est entré dans la résistance bien après.

Son mari suivait Claudine à la longue vue du haut de la montagne. Elle était toujours obligée de partir avec son enfant qui était alors mal nourrie. Sa fille était déclarée sous un faux nom, ça a été difficile d’ailleurs pour elle par la suite pour reprendre son nom. Cette enfant a très vite parlé. C’était d’ailleurs un problème car un jour, elle nous raconte qu’elle était dans un parc, une femme approche de Yvette et lui demande “où est ton papa ?”, elle lui répond “Papa parti”. Claudine a dû fuir, encore…

Lors de ses déplacements elle était reçue par les instituteurs de la vallée d’Allevard mais aussi par bien d’autres instituteurs à chaque endroit ou elle allait.

Sa famille ne l’a pas aidé, c’était trop dangereux.

Elle n’a jamais été désespérée lors de son parcours, elle a un caractère fort.

Elle se cachait souvent, elle avait l’habitude. Un jour, elle était poursuivi par les allemands, elle s’est cachée dans les bois. Elle avait peur qu’ils la retrouve, pour son enfant, et de l’obscurité de la forêt.

Un jour elle était assise sur un banc dans le couloir d’un institut, un SS passe dans ce couloir, vit le bébé, il dit “Oh, un bébé !”, le prit dans ses bras et repart. Les autres SS sont donc passés sans s’arrêter car le premier homme avait déjà “vérifié” ce couloir. Claudine Baumann a eu très peur à ce moment là.

Claudine n’a jamais arrêté sa quête de résistance mais sa soeur, Yvette, oui.

Elle est rentrée “abîmée”, elle passait des nuits pénibles.

Ce qui a marqué Claudine ce sont surtout les nombreux déplacements pour “ne pas se faire prendre” car tous ces déplacements s’effectuaient à pieds car prendre le train aurait été trop dangereux, sans parler du prix à 5 francs l’aller-retour...

Après ce vécu, elle a eu beaucoup de mal à retrouver son identité.

LES RETROUVAILLES...

Sa sœur ne voulait parler de ce qu’elle avait vécu qu’à Claudine par peur de faire de la peine à ses parents. Elles avaient toutes les deux besoins de se retrouver entre amies.

Aujourd’hui il reste encore à Claudine une amie du lycée. Elle essayait de revivre normalement, ce qui était compliqué.

APRÈS LA GUERRE, UNE RECONSTRUCTION DE SOI…

Claudine Baumann a aujourd’hui 3 filles, qu’elle a élevé avec difficulté, et 16 petits enfants. Elle a travaillé, “trop tard” selon elle, dans l’immobilier, à faire des négociation dans des cabinets…

Elle a pensé à écrire son histoire afin de “sortir cette souffrance”, c’est d’ailleurs ce qu’elle a fait au début mais a décidé de tout jeter par pudeur. Aujourd’hui elle regrette.

Si elle devait décrire son parcours de résistante elle dirait que “c’est une suite de petits miracles” et ”il n’y avait pas de coïncidences”.

QUELQUES CITATIONS…

“On ne peut pas oublier”

“C’est important de< se souvenir car on sait que les souvenirs partent vite”

“Je n’aime pas l’expression “espérance de vie” je préfère parler de “vie””.

“Je ne sais pas si c’est parce que j’avais un fort caractère que je suis entrée dans la résistance ou si c’est d’entrer dans la résistance qui m’a donné une force de caractère.”

Vendredi 16 mars : visite du musée de l’immigration

Introduction :

Le Palais de la Porte Dorée à Paris a été construit à l’occasion de l’exposition coloniale de 1931, son but était de présenter les apports de la colonisation aux métropolitains. Une fois que l’exposition est terminée, le Palais de la Porte Dorée est le dernier vestige qui en reste. À partir de 1931, le Palais de la Porte Dorée s’est transformé en musée des Colonies, à partir de la fin de la guerre il devient un musée d’Art africain et ensuite d’Afrique et d’Océanie.

Galerie des dons :

Dans un premier temps, nous sommes allés dans la Galerie des dons.

À travers la Galerie des dons, le Musée nous propose de découvrir des parcours de vie individuels qui s’inscrivent dans l’histoire de l’immigration. Elle les présente au travers d’objets et de témoignages qui viennent enrichir l’exposition du musée.

Les dons sont donnés par des familles (des souvenirs de famille, des papiers d’identité, des contrats de travail périmés, des archives personnelles,...).et nous pouvons voir aux quatre coins de cette galerie, un mot, en tout quatre (hériter, partager, accepter, contribuer) qui ont tous un lien avec les migrations.

Il y a une vitrine consacrée à Marseille, en particulier sur l’immigration arménienne.

On a pu apprendre que les ressortissants les plus nombreux parmi les immigrés vivants en France sont les Italiens et les Algériens

Et que l’exil était une des raisons de l’émigration, les pays principalement concernés par ce flux sont l’Allemagne,en 1933, à cause des persécutions provoquées par Hitler, en Algérie,entre 1993 et 2003,à cause de l’opposition entre l’armée et les groupes islamistes qui font basculer le pays dans la violence, caractérisée par des massacres de civils et des attentats terroristes et au Portugal, en 1961-1974, un grand nombre de Portugais refusent la dictature salazariste et sa guerre coloniale en Afrique.

L’après-midi, les élèves ont présenté leurs travaux et participé à des ateliers artistiques. Les élèves du lycée Denis Diderot avaient travaillé sur la migration des Arméniens à Marseille et plus particulièrement dans le quartier de Saint Jérôme à côté du lycée.

 
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