Denis DIDEROT
Lycée
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Conférence des relais de la mémoire à Vienne

jeudi 14 décembre 2017, par M. Petitfrère, professeur d’histoire-géographie, Mme Villedieu, professeure d’histoire-géographie

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Un compte rendu par les élèves participants de la conférence des relais de la mémoire à Vienne du 19 au 22 octobre 2017

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Le jour où nous sommes arrivés dans la capitale autrichienne, le jeudi 19 octobre, nous nous sommes, les élèves accompagnés des professeurs , empressés de visiter les plus grands monuments de cette fameuse ville qui a vu naître de nombreuses figures emblématiques du patrimoine culturel européen comme Mozart, jeune prodige de la musique classique, Otto Barth qui est un artiste peintre…

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Mais c’est avant toute chose la ville de la reine Marie-Thérèse, première femme européenne souveraine à avoir dirigé son pays d’une main de fer qui de plus était la première puissance mondiale de l’époque.

Au centre-ville aucun regard ne peut échapper à l’imposante cathédrale Saint Étienne de style gothique. Sur la façade de cette église nous pouvons remarquer dans les décorations l’omniprésence d’un aigle à deux têtes qui n’est autre que l’emblème de l’empire d’Autriche-Hongrie qui exerçait son pouvoir sur un vaste territoire en Europe centrale.

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Nous nous sommes rendus ensuite dans un parc magnifiquement fleuri et nous nous sommes fixés comme objectif de trouver la statue de Wolfgang Amadeus Mozart, ce qui n’a pas été chose facile !

Par la suite, nous avons décidé de nous rendre dans ce qui était au temps de la reine Marie-Thérèse, les écuries royales qui aujourd’hui, ont laissé place à un ensemble de galeries marchandes et de musées.

Après cette passionnante mais rapide visite de la ville, nous avons rapidement été rappelés à l’ordre par la fatigue qui nous a conduit à faire une pause goûter, et quoi de mieux que déguster la spécialité régionale ? C’est un gâteau au chocolat nommé Sachertorte. Même si le nom de ce met reste pour nous imprononçable, il fut très réconfortant sur le moment.

Pour terminer, nous nous sommes rendus dans le lycée Stubenbastei pour retrouver les autres délégations avec lesquels nous nous sommes liés d’amitié.

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Lors de la seconde journée de la conférence, le vendredi 20 octobre, nous avons eu l’opportunité d’assister à des tables rondes sur le thème de l’immigration en temps de guerre.

J’ai participé pour ma part à une table ronde d’une intervenante qui travaille dans la communication pour l’ONG Médecins sans frontières au Liban. Médecins sans frontières est une organisation indépendante déployée dans à peu près 70 pays. Cette organisation est au service des plus démunis et aide les réfugiés et les migrants.

Selon une estimation il y a plus de 65 millions d’immigrés dans le monde, dont ⅔ ont fui mais sont restés dans leur pays d’origine principalement en Inde, Syrie et Colombie. Encore une fois selon une estimation le Liban a accueilli 1,5 millions de réfugiés syriens, 250 000 Palestiniens pour 6 millions d’habitants. Lorsque la guerre a commencé en Syrie et que des Syriens ont commencé à arriver au Liban, le gouvernement pensant que cela allait être temporaire, n’a pas prévu d’habitations pour les accueillir mais seulement des camps de fortune : soit dans les camps des réfugiés palestiniens, soit ils installent des bidonvilles sur des terrains agricoles. Médecins sans frontières est présent au Liban depuis 2011.

L’intervenante nous a expliqué que la santé des réfugiés n’était pas bonne, aussi bien mentalement que physiquement. Beaucoup sont traumatisés par ce qu’ils ont vécu dans leur pays, beaucoup ont perdus des proches ou sont dépressifs en raison de leur situation quotidienne difficile. A cela s’ajoute que beaucoup d’entre eux sont malades car les maladies se transmettent très facilement dans les camps notamment en raison de la promiscuité et des mauvaises conditions d’hygiène, mais aussi à cause des maladies chroniques comme le diabète qui nécessite des soins impossibles à apporter dans les camps. 

Elle nous a montré une vidéo dans laquelle elle questionne les réfugiés du camps en leur demandant « Que signifie pour vous le mot migrant ? » ; les réponses étaient pratiquement toutes similaires, beaucoup disaient qu’ils avaient honte d’être appelés comme cela, que c’était dégradant voire insultant. Ensuite elle nous a expliqué que même si les ¾ de la population était très accueillante, la population libanaise se pose de plus en plus de questions sur l’arrivée des migrants car le gouvernement libanais n’arrive plus à gérer cette situation. 

Nous avons terminé en nous demandons comment agir pour améliorer cette situation ? Nous nous sommes dit que pour commencer le meilleur moyen était d’en parler à nos proches car peut être qu’autour de nous certaines personnes ne sont pas au courant de tout cela. Ensuite d’en parler sur nos réseaux sociaux pour faire peut être changer d’avis certaines personnes ou encore une fois faire découvrir l’envers du décor à des personnes qui n’étaient pas au courant de cette situation dramatique.

Le samedi 21 octobre, tous les élèves des différentes délégations présentes se sont réunis pour écouter les récits de dizaines de témoins, toujours autour du thème de l’immigration, dans le but de conserver et de transmettre la mémoire de ceux qui ont vécu ou assisté soit à la déportation dans les camps de concentrations, soit à la résistance ou même plus récemment à l’immigration massive en terre européenne. Ces rencontres avec les témoins permettent aux élèves d’avoir un point de vue autre que celui apporté par les médias ou les livres d’histoire, un point de vue plus humain et subjectif qui est nécessaire pour réaliser la gravité de la guerre et ce qui poussent les personnes à s’enfuir, ou à résister.

TABLE RONDE : TÉMOIGNAGE DE STEFAN HORVATH

Le témoignage de Stefan Horvath a été chargé en émotion puisqu’il relate des événements tragiques post seconde guerre mondiale, reflétant la passivité des autorités dirigeantes face aux discriminations contre la communauté rom d’Autriche et ce, même après le génocide des tziganes.

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Stefan, à travers son histoire, dénonce l’intolérance, la ségrégation sociale et le racisme dont ont été victimes les Roms durant toutes ces décennies. Il est une figure emblématique du militantisme pour la reconnaissance des peuples minoritaires tziganes d’Europe. Il publia tout au long de sa vie plusieurs ouvrages récompensés par des prix de littérature et fait des interventions dans des écoles pour raconter, à travers son histoire et celle de ses parents, l’histoire de sa communauté ethnique pour ne pas laisser les jeunes générations dans l’oubli, car la mémoire construit l’avenir.

Stefan Horvath est né à Oberwarth, qui est l’un des plus grands villages de rom d’Autriche, en 1949 de parents ayant tous deux été déportés lors de la guerre. Son père a été déporté dans quatre camps de concentration différents avant d’arriver à Auschwitz où sa mère a également été déportée à 16 ans et où elle perdit ses deux enfants en bas âge. Ils font partie des survivants très peu nombreux de l’Holocauste.

Après la guerre le statut des Roms dans la société reste regrettable, ils sont mis dans des villages à l’écart et n’ont pas d’accès à certains conforts comme l’électricité. Les enfants ont accès à une éducation élémentaire mais dans des écoles séparées des autres et ne passent généralement pas le seuil du CM2 et pour cause, les collèges, lycées et universités ne tolèrent pas les Roms.

Là commence la première lutte de Stefan, qui, pour la réussite sociale veut tout faire pour étudier le plus longtemps possible et ainsi montrer sa valeur aux yeux des “blancs”. Il a toujours été encouragé dans sa démarche par son professeur d’enfance qu’il considérait comme son propre père. En 1959, son entrée au lycée fut un véritable combat car au vu de son appartenance ethnique il n’a pas été accepté du premier coup. Cependant, il n’a rien lâché et s’est battu jusqu’à obtenir le droit d’entrée au lycée à condition de passer un examen qu’il obtint avec succès. Il fut donc le premier Rom à avoir intégré un lycée réservé aux Autrichiens et il y restera jusqu’en 1963. Il se mariera par la suite à l’âge de 20 ans et eu 2 enfants et en adoptera plus tard 7 autres.

En 1972, l’électricité est installée dans les communautés Roms et ce n’est qu’en 1988 que le lycée devient accessible aux enfants la communauté Rom. Seulement les événements tragiques qui va suivre va démontrer que malgré quelques améliorations des conditions de vie des Roms, la discrimination n’a jamais réellement cessé.

En 1995 Stefan perd son fils aîné âgé de 23 ans lors d’un attentat à la bombe contre sa communauté. Des inscriptions racistes ont été trouvé : “les Roms retournez en Inde”. L’affaire a très vite été classée par les forces de police ce qui renforce l’indignation et le sentiment d’insécurité de la communauté Rom. Stefan a tout de même continué de lutter et le terroriste a finalement été retrouvé en 1997 lors d’un contrôle d’identité et il s’avère qu’il était à l’origine de 40 attentats.

En 1998, Stefan prend son courage à deux mains et met sa peine et le deuil de son fils de côté pour affronter le regard de l’homme qui a tué son fils. Il se rend donc en prison et se retrouve face à lui. Ils ne disent rien, mais le regard que le terroriste lui porte en dit long sur sa santé mentale et sa haine profonde. Stefan s’en va et ne va pas parler de sa rencontre avec l’assassin pendant 6 ans. En 2000 le terroriste se suicide dans sa cellule.

Stefan Horvath, après de longues années de souffrances intérieure et un deuil douloureux, a finalement décidé de pardonner à l’homme qui a tué son fils car selon lui, vivre avec de la rancœur et de la haine est pire que tout.

TABLE RONDE : TEMOIGNAGE DE KATJA STURM-SCHNABL

Durant notre voyage en Autriche avec les Relais de la mémoire, nous avons eu la chance de rencontrer des témoins de la Seconde Guerre mondiale. J’ai pu assister au témoignage de Katja STURM-SCHNABL, une Slovène déportée dans un camp de concentration avec toute sa famille. En effet durant la Seconde Guerre mondiale, les nazis persécutaient différents groupes de population tels que les Juifs, les Homosexuels, mais aussi les Slovènes autochtones. Ils avaient pour but de germaniser tous les pays d’Europe.

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Tout a commencé en avril 1942, Katja Sturm-Schnabl n’avait alors que 6 ans, elle habitait dans une grande maison avec sa soeur et ses deux petits frères, ses parents, ses deux tantes et ses gouvernantes.

Un jour, alors que ses parents étaient partis au marché, des soldats allemands nazis armés ont débarqué dans leur maison avec brutalité, une atmosphère apocalyptique s’est installé chez elle (les nazis fouillent de partout, les femmes crient) Katja était terrifiée mais aussi révoltée de l’impolitesse de ces derniers. Elle s’enfuit dans la forêt près de chez elle et y resta cachée jusqu’à ce qu’elle entende le tracteur de ses parents. Elle retourna vite à la maison rejoindre ses parents. Ses parents habillaient vite leurs enfants, les soldats allemands criaient de se dépêcher. C’est comme cela que sa déportation a commencé. Les soldats allemands les escortaient, les tantes étaient en pleurs, sa mère, qui a toujours été très dure et rude leur disait de se taire et de ne pas montrer leur faiblesse aux ennemis. Concernant son père qu’elle avait toujours regardé comme l’homme protecteur de la famille et l’invincible, elle voyait en lui un autre homme, apeuré et faible, elle comprit alors qu’il ne pourrait plus la protéger dorénavant.

Sa famille arriva tout d’abord dans un camp provisoire dans lequel elle retrouva d’autres personnes de la famille, (cousins, cousines, grand-mère) et des amis. Sa grand-mère commençait à perdre la tête et ne faisait que crier que les soldats allemands les emportaient. Ils ont passé 4 jours dans ce camp provisoire puis furent déportés en train dans des wagons à bestiaux. Le voyage fut difficile de jour comme de nuit, ils étaient tassés les uns sur les autres, aucune lumière (dans le noir complet ) ils avaient faim, soif etc.

Une fois arrivé au camp, les enfants et les parents étaient directement séparés. Katja était une enfant très rebelle elle ne mangeait jamais la nourriture que lui donnait les soldats allemands ; pour éviter de se faire attraper par les soldats allemands, sa sœur mangeait sa soupe. Ce n’était pas seulement un camp de concentration mais un camp de travail, son père travaillait dans une usine, sa mère dans une usine à chaussure, les enfants étaient chargés de nettoyer les champs, les adolescents ( à partir de 13 ans) faisaient le ménage pour des SS. Les conditions de vie étaient terribles, ils avaient souvent froids, ils avaient faim, et mal partout à cause du travail, mais le plus gros danger était de tomber malade. Tomber malade causait la mort puisque les nazis ne les soignaient pas. Quand une épidémie de scarlatine frappa le camp, les fonctionnaires exigèrent que les SS les emmènent chez le docteur. Malheureusement la sœur de Katja tomba malade quelques semaines après cette épidémie, elle attrapa une fièvre, les SS l’ont euthanasiée et elle est morte dans les bras de sa mère. Cette mort a fortement bouleversé sa famille…

Les choses changent en 1946. Le mouvement des partisans de Slovénie s’installa et menaça les nazis. Lorsqu’un nazi se faisait tuer, les autres se vengeaient en fusillant et déportant à Auschwitz des Slovènes. Sa famille devait être déportée là bas et être gazée. Mais sa cousine de 13 ans travaillait pour la femme d’un général SS. Cette femme vivant seule avait enfin un peu de compagnie avec cette jeune fille et elle ne voulait pas qu’elle soit déportée et voulait la garder avec elle. Alors grâce à cette femme allemande, toute sa famille fut épargnée et gardée dans le camp de travail où tous ont survécu.

A la fin de la Guerre, avant que les Américains arrivent, les Allemands durcirent leur attitude, car ils savaient tous que c’était la fin, alors ils perpétrèrent leurs derniers massacres. Les Américains les ont libérés et les Slovènes furent très reconnaissant envers eux, ils leur avait faisaient des baisers sur les pieds et les acclamaient.

Après la guerre, il y a eu quand même une forme de discrimination envers les enfants des camps, Katja n’avait pas d’amis, les professeurs était antifascistes et jusqu’à son Bac cela a été très difficile. C’est comme cela qu’elle décida que ses enfants travailleraient dans une école française. Elle en a gardé un fort souvenir malgré son jeune âge, cela montre le traumatisme qu’elle a enduré.

Son histoire était très touchante, on s’attache beaucoup à cette petite fille rebelle qu’elle nous décrit. Sa famille à été chanceuse et c’est vraiment extraordinaire que presque tous, sauf malheureusement sa sœur, aient pu survivre. Nous l’avons remerciée pour cette belle histoire de sa vie qu’elle nous a raconté dans un très bon français (qui n’est pas sa langue maternelle).

JPEGLES ATELIERS ARTISTIQUES

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Nous avons eu enfin la chance de participer à des ateliers artistiques le vendredi et le samedi après-midi autour du thème des migrations. Une représentation a eu lieu le samedi en fin d’après-midi pour rendre compte du travail effectué dans ces divers ateliers d’arts plastiques, photographie, théâtre, chant, danse, écriture, poésie…

Camillia, Lina, Marie, Maya et Whitney

 
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