Denis DIDEROT
Lycée
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Rencontre des relais de la mémoire, mars 2017

lundi 24 avril 2017, par M. Petitfrère, professeur d’histoire-géographie, Mme Villedieu, professeure d’histoire-géographie

JPEGDans le cadre des Relais de la Mémoire, un projet permettant à des élèves de cinq pays d’Europe (Autriche, Pologne, Allemagne, Angleterre et France) de se rencontrer afin d’assister à des rencontres ayant pour but de transmettre la mémoire des conflits de la Seconde Guerre Mondiale à aujourd’hui à la jeunesse.

Du jeudi 9 au dimanche 12 mars 2017, se sont déroulés les Relais de la Mémoire Junior qui ont réuni une cinquantaine de lycéens venant de cinq pays d’Europe. Nous les avons accueillis à Marseille afin d’évoquer le thème de “ La propagande et l’enrôlement ” de la Seconde Guerre Mondiale à aujourd’hui.

Nous avons eu l’honneur d’assister à des conférences, à des tables rondes et de participer à des activités artistiques au sein de notre établissement scolaire. Voici un compte rendu non exhaustif de cette conférence par les élèves du lycée Diderot qui étaient parti prenante.

PREMIÈRE JOURNÉE AU LYCÉE MARSEILLEVEYRE LE JEUDI 9 MARS

La première conférence à laquelle nous avons participé était présentée par l’historien Robert Mencherini et concernait la visite du Maréchal Pétain à Marseille les 3 et 4 décembre 1940. Nous avons tout d’abord été remis dans le contexte  ; la France venait de perdre la guerre et le nord de la France était sous occupation nazie. La partie sud, renommé ’zone libre’, était dirigée Philippe Pétain et le gouvernement de Vichy ; cette situation avait entrainé l’exode et donc l’immigration de beaucoup de Français dans la zone sud. Le Maréchal avait signé des accords avec l’Allemagne nazie, il venait donc visiter plusieurs villes afin de rassurer la population française. Cependant, l’intervenant nous expliquait qu’il ne s’agissait pas d’une simple visite car elle était organisée et préparée jusque dans les moindres détails. Les possibles opposants furent arrêtés la veille, ce qui causa d’ailleurs quelques problèmes, car certains n’étaient pas français.

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Beaucoup de monde était présent et acclamait le Maréchal, notamment sur le vieux port, car tout le monde était au courant de sa visite grâce à l’appropriation des médias par le gouvernement. Des journaux comme ’Le petit Provençal’ et ’Le petit Marseillais’ relayaient une information de propagande pro pétainiste.

Les classes scolaires étaient obligées de s’y rendre, la mobilisation de la jeunesse était totale. Le culte de la personnalité autour du Maréchal était évidemment très forte. Si tout le monde n’était pas d’accord avec les traités signés avec l’Allemagne, la plupart des gens appréciait Pétain pour avoir été un héros de la Première Guerre Mondiale. Le quai du port devint le quai du Maréchal Pétain et le lycée Saint Charles fut renommé le lycée Philippe Pétain.

Pétain affirmait d’ailleurs toujours avoir un total contrôle sur la zone sud grâce à la petite armée qu’il avait réussi à garder lors de la signature avec Hitler. Evidemment, cette armée ne sera pas suffisante par la suite lorsque les nazis voudront conquérir plus de territoires en France. En effet en novembre 1942, Marseille voit arriver les troupes d’occupation sur la Canebière, suite à des grosses manifestations de la part des Marseillais. Les Allemands n’avaient aucune confiance en Marseille qu’ils appelaient « Marseille, la rebelle ». La ville est réprimée jusqu’en août 1944, puis libérée grâce à l’armée française d’Afrique du Nord.

Shirley

Les élèves ont ensuite eu la chance de participer à des tables rondes au cours desquels des survivants de la Seconde Guerre mondiales ont livré leur témoignage. En voici quelques bribes.

Robert Mizrahim

J’ai pu avoir la chance d’assister à la table ronde de Robert Mizrahim, il est né en 1930 à Marseille ; il y habitait avec ses parents et son frère. Ses parents se sont connus dans le quartier de l’opéra, qui, à l’époque, était un quartier juif. Ils habitaient en colocation dans une maison à deux étages. La famille Mizrahim habitait en bas et la famille Bertrand en haut. Lors de l’arrivée au pouvoir du maréchal Pétain en 1939, celui-ci a mis en place le Statut des Juifs qui est un ensemble de lois antisémites. Le climat devint alors très difficile, d’autant plus qu’il y avait une milice qui était en liaison avec les nazis. Puis le 23 Janvier 1943 il y a une rafle importante dans le quartier de l’opéra où 781 Juif sont arrêtés et déportés à Sobibor en Pologne et tous ont été exterminés. L’inquiétude régnait au sein de la famille Mizrahim et la famille Bertrand a conseillé à la mère de Robert de déménager dans le Gard le plus rapidement possible. Mais à ce moment là Robert avait l’appendicite ; sa mère a donc décidé de déménager après qu’il soit guéri mais pris certaines mesures comme ôter le nom “ Mizrahim” sur la porte d’entrée et demander à ses proches de sonner 3 fois lorsqu’ils venaient lui rendre visite pour pouvoir les reconnaître. Néanmoins le 20 Mars 1944 trois hommes de la milice parviennent à entrer dans la maison et arrêtent sa mère et son père. Robert et son frère sont sauvés car les Bertrand les ont fait échapper par la fenêtre et sont allés se réfugier chez des amis de leurs parents. Robert et son frère sont séparés. La famille de Robert l’a très bien accueil, il leur a même avoué qu’il était juif mais la famille lui a conseillé de les accompagner à la messe le dimanche pour que personne ne se doute de quelque chose. Robert attendait tous les jours des nouvelles de ses parents sans résultat. En août 1944 à la libération de la France il était susceptible de rentrer à Marseille mais lui et son frère ont attendu septembre 1945 pour y retourner et sont allés chez leur grand-mère. Dès son arrivée il fait partie des éclaireurs israélites où la plupart des membres avaient aussi de la famille déportée. Ils sont restés dans l’ignorance jusqu’en 1946 lorsque deux survivantes d’Auschwitz soient venues inscrire leurs filles aux éclaireurs et leurs ont donc expliqué la situation. Une de ces deux femmes était copine avec sa mère à Auschwitz.

Quelques années plus tard Robert s’est marié avec une fille qui faisait elle aussi partie des éclaireurs israélites. En 1969, à 39 ans, Robert fut victime d’un accident de la route. Cet évènement lui a fait comprendre qu’il voulait finalement savoir ce qui était arrivé à sa mère. Il a donc fini par rencontrer à nouveau cette survivante qui lui a expliqué qu’elle et sa mère faisaient partie des 20 % qui n’ont pas été exterminées à leur arrivée et que sa mère était morte quatre jours avant la libération par les Alliés. Cette femme est toujours en vie et Robert est toujours en contact avec elle il la considère comme sa deuxième mère

Camillia

Jean Zylber ou l’enfant sauvé

Ses parents étaient tous deux polonais de confession juive ; voyant leur situation trop difficile dans ce pays, ils décidèrent alors de rejoindre la France où ils donnèrent naissance au petit Jean qui grandit à Combeau, un village près de Paris. Tout se déroule bien jusqu’au moment où ses parents en juillet 1942 prennent conscience du sort réservé aux Juifs, c’était la rafle du Vel d’Hiv. Ils prennent donc la décision de cacher leur enfant chez une famille non-juive installée dans un petit village de campagne afin de le protéger : la famille Nadeau. Ils ont pris d’énormes risques en prenant en charge Jean Zylber qui considérait d’ailleurs madame Nadeau comme sa seconde mère ; il l’a surnommé “Mienne”. Il garde néanmoins des contacts avec sa famille biologique en leur envoyant des lettres chaque semaine. La majorité du village savait qu’il était Juif mais personne ne l’a dénoncé, notamment son médecin, ses instituteurs et ses amis.

En 1942 il n’a plus aucune nouvelle de ses parents, quelque temps plus tard, il apprend que ses parents étaient cachés en Italie ; seulement ce pays étant allié au régime nazi il sont ensuite déportés à Grenoble, à Nice puis à Drancy pour ensuite être déportés à Auschwitz où ils meurent en 1945, sans qu’il ne le sache.

En 1947, Jean Zybler part au Etats-Unis pour rejoindre sa tante à Chicago. En 1953, on lui a reproché de ne pas aller faire la guerre de Corée mais lui était encore français et ne se sentait pas Américain. Il accepte ensuite la nationalité américaine et part en France en 1954 car “Mienne” tombe malade. Il réussit à éviter la guerre d’Algérie puisqu’il est Américain. Il fait de longues études en chimie et travaille dans des laboratoires.

Il finit par s’installer en France où il se marie et fonde une famille mais garde toujours contact avec sa famille américaine. Les années passent et il apprend que sa fille décide d’épouser un Allemand ce qui va profondément affecté. Il finit néanmoins par l’accepter car celui-ci est contre l’idéologie nazie et partage les mêmes valeurs que Jean Zylber. Il termine sont témoignage en nous confiant qu’il reste aujourd’hui encore, dégoûté des religions qui sont selon lui la source de tous ses maux.

Lina B

Philippe Richer, un résistant déporté

 Philippe Richer, est un parisien âgé de 93 ans, issu d’une famille bourgeoise et française. Il se présente comme un résistant français catholique. Sa famille était Pétainiste tandis que lui se considérait comme Gaulliste et, de ce fait, il ne s’entendait plus avec eux. Plus tard, il fut arrêté par les Allemands sur la frontière espagnole, alors qu’il tentait de rejoindre l’un de ses cousins. Il fut déporté en direction du camp de Buchenwald mais sauta du train avant la frontière allemande avec ses amis. Ils sont retrouvés à Metz par les Allemands et arrêtés de nouveau en 1943. Ils l’ont ramenés à la prison de Sarrebruck où il y connut une vie de prison normale, mais il n’y restera qu’une semaine. La semaine suivante, lui et ses compagnons sont amenés à Buchenwald et arrivent dans la nuit. Il nous a alors raconté sa vie quotidienne dans ce camp et ses conditions de vie.

Buchenwald comportait 2 parties :

  • l’une où il résidait. Il dormait dans le bloc n°31, une zone assez stricte composée de personnes à surveiller comme les évadés.
  • l’autre, où se situait l’usine, et où les détenus étaient forcés de travailler. Il devint commandant disciplinaire des carrières de pierres (il cassait des pierres à longueur de journée).

Les conditions de vie étaient difficiles ; il avait froid, faim et mal aux mains. Cependant, Philippe Richer estime avoir eu “ beaucoup de chance “, comme il ne cesse de le répéter. C’était un homme physiquement résistant, il tenait le coup et n’était jamais malade, ce qui était une chose rare dans les camps. Il nous racontait même que la soupe devenait de plus en plus transparente au fil du temps (lié aux pénuries alimentaires).

Un jour de 1945, alors qu’il travaillait, des Américains ont envahi le camp de concentration, les ont libérés pendant que les gardiens allemands fuyaient devant cette intrusion. Il a, en tout, passé 527 jours à Buchenwald.

 Il nous a aussi raconté qu’il était venu à Marseille pour prendre le bateau et partir en Indochine quelques années plus tard. Il est aussi parti en Algérie. Il fut ambassadeur au Vietnam et il écrit aujourd’hui des livres sur la Chine.

Maya

DEUXIÈME JOURNÉE AU LYCÉE DENIS DIDEROT LE VENDREDI 10 MARS

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Lors de nos journées dédiées aux Relais de la Mémoire, nous avons eu diverses interventions, notamment celle de Lucie BERTRAND-LUTHEREAU, une professeure de Culture Générale à l’Institut d’Études Politiques d’Aix-en-Provence (IEP) sur le thème « propagande et enrôlement : outils de guerre ».

Dès le début de la conférence, la professeure nous introduit dans le sujet auquel elle veut que nous, élèves, soyons sensibilisés. Ce thème, la propagande et l’enrôlement, est un sujet englobant l’Histoire et l’actualité. Elle nous explique comment la propagande d’Al Souri (le Syrien), ce théoricien djihadiste lié à Al-Quaïda, a pu fonctionner.

 Elle discourt énormément sur la radicalisation de Daesh, ce qui entraîne un débat dans la salle de conférence. Elle commente les moyens de propagande et de radicalisation de l’État Islamique ; selon elle, le fait que l’enrôlement agit beaucoup sur les jeunes adolescents et adultes qui se radicalisent, et ce, via Internet, et surtout par les réseaux sociaux, est lié à la communication horizontale.

Elle cite également Anna Erelle, une journaliste qui, après avoir créé différents comptes Facebook dans le but de s’infiltrer dans un réseau de recrutement des jeunes djihadistes ou futures djihadistes, écrit et publie Dans la peau d’une djihadiste. Lucie BERTRAND-LUTHERAU nous incite à visionner un film de Dounia Bouzard, Le Ciel attendra, relatant l’embrigadement d’une adolescente, puis le long processus de sa déradicalisation.

En somme, la professeure a, durant une heure, évoqué la manière de penser contrôlée par l’horizontalité du monde, puis la propagande ciblée et infinie sur les jeunes en perte de sens entraînant à un enrôlement puis à une radicalisation.
Ce thème a été évoqué dans les Relais de la Mémoire car, à l’instar de la propagande et de l’enrôlement de l’État Islamique, cette logique d’embrigadement et d’endoctrinement s’utilisait également durant la période des Deux Guerres Mondiales.

Lina A

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Ce Vendredi 10 Mars à 14h30 toutes les délégations ont participé à différents ateliers artistiques  ; il y avait des ateliers danse, théâtre, chants, photographie, art plastique, journal et poésie. Je faisais partie de l’atelier photographie où nous étions une dizaine d’élèves toutes délégations confondues ; nous étions encadrés par deux photographes qui nous ont présenté les différentes manières de présenter la propagande dans les photographies : affiche etc… Puis après cette brève présentation les deux encadrant nous ont lancé le défi de faire plusieurs photos de propagande sans nous donner plus de détails. Nous nous sommes donc mis par groupe de quatre et nous avons exploré le lycée de fond en comble pour avoir des idées ; j’ai été en quelque sorte le guide car la plupart des élèves du groupe dans lequel j’étais venaient du Lycée Molière à Paris. Puis à 17h30 toutes les délégations étaient invitées à présenter leurs ateliers. Chaque groupe a donc présenté ces ateliers dans différentes langues ce qui était très intéressant. Mon groupe a proposé deux photographies identiques mais dont la légende était différente. On a pu donc prouver qu’on peut détourner le sens d’une photo en la sortant de son contexte. En pièce jointe le magnifique travail réalisé par l’atelier journal.

Camillia

 
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