Denis DIDEROT
Lycée
Marseille - tél : 04 91 10 07 00
JPEG - 283.1 ko

Dans le cadre du projet des Relais de la mémoire qui permet à des élèves de 5 pays européens de se rencontrer deux fois par an pour assister à des conférences sur des thèmes croisant histoire et mémoire, nous avons eu l’occasion de nous rendre à Cracovie en Pologne du mercredi 19 au dimanche 23 octobre 2016. Le programme de ces rencontres était très riche, les sujets abordés tournaient autour du thème « enrôlement et propagande ».

Voici un compte rendu des élèves qui ont participé à ces rencontres.

La visite de Cracovie le jeudi 20 octobre au matin

JPEG - 220 ko

Cracovie est une ville, qui chaque jour de l’année, confirme sa place parmi les plus belles villes du monde. En effet, il y a plein de monuments emblématiques qui forment le tissu historique de la ville, une riche vie artistique et culturelle.
Tout d’abord, nous nous sommes retrouvés tous ensemble sur La Grande Place, la plus grande place médiévale d’Europe qui mesure 200m sur 200m. Sur cette grande place, nous avons visité la Halle au drap, ou se côtoient de nombreuses boutiques ; il y a également la petite église Saint-Adalbert (lieu d’importantes découvertes archéologiques), un Beffroi solitaire, vestige de l’hôtel de ville, et l’un des symboles de Cracovie ; La Basilique Notre-Dame avec ses hautes tours qui dominent le paysage de la ville (dans une des tour se joue de la trompette toutes les heures faisant référence à une ancienne légende de la ville).
Avant de nous rendre au quartier juif, nous sommes passés devant l’église Saint Pierre et Paul d’esthétique baroque, la Rome papale. L’église fut édifiée dans les années 1596-1633. La façade nous permet d’admirer les statues des apôtres et des saints Sigismond et Ladislas ainsi que des cartouches héraldiques.
Ensuite arrivés dans le quartier juif, Kazimierz, qui se trouve dans la partie sud de la ville ; on peut y trouver différents bâtiments, souvent des anciens habitats juifs vidés pendant la Seconde Guerre mondiale mais aussi des bars et des restaurants, des galeries d’arts… On peut visiter dans ce quartier des cimetières juifs et des synagogues ; nous avons pu visiter la synagogue réformée Tempel, la plus récente du quartier, construite vers 1860 par l’architecte autrichien Ignacy Hercok. Elle se divise en deux parties : le haut pour les femmes et le bas pour les hommes.
Pour finir cette visite de la ville, nous avons eu un quartier libre pour faire les magasins polonais de la grande place, manger ou boire dans un petit café polonais chaleureux et découvrir le centre ville de Cracovie par nous-mêmes.

Marie et Maya

Rencontre avec des témoins de la guerre dans des tables rondes le vendredi matin

JPEG - 179.3 ko

  Le vendredi 21 Octobre 2016, j’ai pu avoir l’occasion d’assister à une table ronde qui était composée de plusieurs étudiants comme moi qui participaient au relais de la mémoire, il y avait un Polonais, une Anglaise, une Autrichienne et un Allemand. Mais le personnage central était bien sûr le Capitaine Francisez Baryta ; il était membre de l’armée de l’intérieur ou plus précisément l’armée souterraine. Il travaillait dans une usine allemande qui fabriquait des munitions et armements où il travaillait 13h par jour. Le Capitaine Baryta est rentré dans l’usine d’armement et de munitions à l’âge de 14 ans. Il faisait partie d’un groupe de résistants à l’intérieur de l’usine, dont leur principale activité était le sabotage de l’usine. Ils volaient souvent la totalité des armes de l’armée Allemande pour que celle-ci se retrouve démunie. De nombreuses actions diverses étaient réalisées tout au long de l’année. Cependant bien que de nombreux sabotages n’ont pas été remarqués car cela était toujours reporté par les ingénieurs allemands ; les nazis choisissaient donc des personnes au hasard et les exécutaient. S’il n’y eu presque pas de fuite, c’est grâce à l’organisation, seules trois personnes sur quatre connaissaient l’ensemble des actions et les membres de l’organisation, ces derniers ne connaissant pratiquement rien à part ce qu’ils devaient faire.

Camillia

JPEG - 144.5 ko

À ma table, il s’agissait d’un vétéran de 90 ans, il nous raconta ce qui s’était passé dans sa division dont il fut le capitaine temporaire.
Il racontait qu’évidemment au début de la guerre ses compagnons et lui désiraient fuir mais que c’était impossible : les pays alentours étaient aussi sous l’occupation nazie. Ils faisaient partit des dernières branches de résistants et ont décidés de ne pas se cacher mais de se battre ; plusieurs soldats de la division se sont infiltrés dans le gouvernement en 1939 et ont tenté de détruire l’occupation de l’intérieur. Malheureusement, leur plan a été découvert et ils ont été obligés de fuir. Ils ont néanmoins continué d’opérer depuis Krakowie. Il se souvenait particulièrement du 5 septembre où avait eu lieu une bataille violente avec des Allemands. Ils ont été battus et plusieurs de ses amis ont été emmenés en prison en tant que traître à la nation, c’est ainsi qu’ils ont compris qu’il y avait des espions qui les surveillaient depuis un moment.
Le gouvernement Polonais étant en exil à Londres, ils ont demandés de l’aide, notamment au commandant de leur division qui était également en Angleterre. Ils leur envoyèrent des parachutistes avec des provisions et des armes. Un des parachutistes anglais fut désigné comme chef mais fut rapidement tué aussi, comme beaucoup de parachutistes qui venaient en renfort, repérés par les nazis. Il y avait 4 divisions de 250 soldats au début et ils se retrouvèrent avec seulement 200 soldats à la fin de la guerre. Mais leur calvaire ne s’arrêta pas à la fin de la guerre car la Pologne fut alors occupée par les Soviétiques.
Pour ce vétéran, les Soviétiques étaient beaucoup plus cruels que les nazis et il avoue avoir trouvé la guerre plus paisible que cette nouvelle occupation. En effet, toute sa division fut arrêtée et tuée en masse, accusés de complicité avec le gouvernent nazi. Ils tentèrent d’expliquer que c’était une mission d’infiltration mais ils ne les écoutèrent pas. Le commandant fit parti des six soldats à avoir été épargnés.
Il tenta de reprendre une vie normale et nous fit part de sa fierté en annonçant que la journée il travaillait en tant que maçon et que la nuit il étudiait pour tenter d’avoir son diplôme. Il partit quelques années plus tard en Afrique pour travailler dans le bâtiment.
Il appuya fortement que ses compagnons décédés, ceux de sa division, n’étaient pas que des Polonais. Il répéta qu’il y avait aussi des Anglais, des Slovaques mais aussi des Allemands et des Russes. Un de ses amis les plus précieux était un Allemand, Erwin, qui se suicida à cause des persécutions des Soviétiques dans l’après-guerre. Il lui a d’ailleurs écrit un poème. Chaque année, il se rend à un monument spécial à Krakowie pour honorer la mort de ses anciens amis.

Shirley

Les ateliers artistiques le vendredi après-midi
Comme lors de chacune de nos rencontres, nous avons pu participer à des ateliers artistiques. Nous devions faire un choix entre l’atelier d’arts plastiques, celui de théâtre, celui de chant et celui de danse.
Le but de l’atelier d’arts plastiques consistait à reproduire une affiche de propagande dans les tons rouges et noirs en s’inspirant du modèle soviétique, tout en traitant un thème important de notre société actuelle : quelques-uns ont traités du racisme, d’autre du sexisme, du problème de la nudité, ou encore de la surveillance excessive ...
Quant à l’atelier du théâtre, ils nous ont donné une présentation contemporaine de l’embrigadement, en jouant une métaphore de la propagande.
Les participants de l’atelier chanson ont chanté une chanson avec un message de paix, contre la guerre et l’hostilité en chantant en quatre langues : français, anglais, allemand et polonais.
Pour finir le club de danse a présenté une chorégraphie sur base militaire - en rang et au pas - qui transformait peu à peu les danseurs en personnes libres, s’évadant de l’influence de la propagande, chacun touchant l’autre pour le libérer de son emprise, marquant que la solidarité est importante.

Shirley

Visite des camps d’Auschwitz le samedi

Auschwitz I le matin
Les juifs, tziganes, homosexuels et autres ennemis politiques ont été déportés dans des camps de concentrations, puis d’extermination, pensant qu’ils allaient seulement être déplacés le temps de la conquête de l’espace vital allemand. La vérité est tout autre, le trajet jusqu’aux camps pouvait durer jusqu’à 6 jours et dans des conditions déplorables qui causèrent la mort de nombreux d’entres eux notamment les plus vulnérables (enfants en bas âge, personnes âgés…). Arrivés dans les camps, ils étaient soumis à du travail forcé consistant à fabriquer leurs propres baraques où ils passeront le reste de leur vie. Les femmes et les hommes étaient séparés. Les enfants en bas âges et leur mère étaient directement exterminés, quant aux autres, ils étaient destinés à l’être, un peu plus tard.

JPEG - 108 ko

Arrivés devant le portail du premier camp d’Auschwitz, nous avons été interpellés par une inscription figurant sur le portail ”ARBEIT, MACHT, FREI”, ce qui a pour sens : « le travail rend libre ». Le sens ironique voire humiliant de cette phrase reflète bien l’état d’esprit méprisant et sans pitié de l’idéologie nazie. Nous fûmes tout de suite projetés dans cet univers macabre où a eu lieu le génocide de 6 000 000 de juifs et 200 000 tziganes.

JPEG - 168 ko
JPEG - 140 ko

Le camp d’Auschwitz 1 a par la suite été transformé en musée contrairement à Auschwitz 2, qui est resté tel que les nazis l’ont laissé après avoir tenté de le détruire, espérant ainsi effacer toute traces de leurs atrocités commises.
Une fois entrés au sein même du camp, nous avons été conduit à l’intérieur d’un des nombreux blocs des déportés. Les victimes de l’holocauste, pensant au départ mener leur vie en toute tranquillité, ont emmené avec eux tous leurs biens qui ont par la suite été confisqués.

JPEG - 148 ko

Ustensiles cuisines apportés par les femmes

JPEG - 152 ko

Valises sur lesquelles sont inscrits les noms des propriétaires

N’oublions pas que derrière chacun de ces objets il y a une personne probablement morte dans d’atroces souffrances...

Les déportés sont ensuite répartis en plusieurs groupes selon leur origine ethnique, leur opinion politique, leur croyances religieuses…On leur faisait porter des triangles de différentes couleurs selon le groupe auquel ils appartenaient (ex : les Tziganes portaient un triangle inversé marron). Les détenus portaient également le tatouage du numéro qu’on leur a attribué, les réduisant ainsi à du bétail.

JPEG - 104 ko

Au centre, un certain Stanislaw Gwazda portant le numéro 4577

JPEG - 104 ko

Au centre, une certaine Maria Bardowska.

Les conditions de vie des détenus étaient très difficiles. Ils n’avaient qu’une seule tenue vestimentaire à leur disposition qu’ils ne lavaient que très rarement (ce qui entraîne le développement de différentes vermines) et ce, toute l’année quelles que soient les conditions climatiques. Ils avaient faim, très froid en hiver et très chaud en été, ils étaient traité comme du bétail et dormaient à même le sol. Beaucoup d’entres eux ont été incapables de survivre dans cette environnement et sont décédés très rapidement.

JPEG - 152 ko

Exemple de vêtement typique porté par les déportés, celui-ci appartenant à un détenu politique polonais reconnaissable à son triangle rouge avec inscrit la lettre « P » comme « Polska ».

JPEG - 116 ko

« Lit » des détenus

Une fois mort, leur corps étaient brûlés dans des fours, les cheveux des femmes étaient récoltés à des fins diverses (mentaux, perruques…) et parfois les dépouilles des détenus ont servi à la fabrication de savons. La cruauté des nazis n’avait donc aucune limite, les différentes expériences «  médicales  » du docteur Josef Mengele ayant eu lieu dans le block 10 en témoignent …

JPEG - 120 ko

Vase contenant des cendres des victimes.

JPEG - 108 ko

Reproduction à taille réelle d’un four servant à réduire en cendre les corps des victimes.

Le fait de marcher sur les pas de ces millions de personnes mortes injustement fut une expérience émouvante et enrichissante pour chacun d’entre nous. Nous ne devons en aucun cas oublier tous ces gens qui ont fait les frais d’une idéologie raciste, sanguinaire, excluant ainsi toutes les minorités telles qu’elles soient. En espérant que rien de tel ne se reproduise à nouveau.
Lina B.

JPEG - 232 ko
JPEG - 208 ko
JPEG - 148 ko
JPEG - 192 ko
JPEG - 180 ko

La visite d’Auschwitz II
Après avoir visité Auschwitz I, mon moral était au plus bas car étant une personne très sensible, je redoutais fortement cette journée qui allait rester gravée à jamais. Nous avons eu environ 1h pour manger et nous remettre de nos émotions. Ensuite nous avons pris le car pour aller à Auschwitz II Birkenau. Je ne saurais vous dire la sensation que j’ai pu avoir lorsque je suis descendue du car et que j’ai pu voir ce camp au loin. Il n’était pas du tout comme Auschwitz I : celui-ci était gigantesque il faisait plusieurs hectares. Le fait de savoir que ce camp a été construit spécifiquement pour les exterminations m’a rendue encore plus triste.
En marchant jusqu’à l’entrée tout le monde était silencieux , je pense qu’on s’était tous mis à la place de ces millions de déportés, c’était comme un retour en arrière, je me sentais oppressée, j’avais l’impression de ressentir leurs tristesse, leur haine et leurs peurs... Apres être arrivés devant l’énorme entrée, nous avons retrouvé le guide qui nous avait déjà accompagné et commenté la visite d’Auschwitz I. Je pense réellement que cet homme a rendu la visite exceptionnelle, il était tellement passionné par son rôle qu’il endosse en tant que bénévole le weekend, en plus de sa profession, il a su nous transmettre beaucoup d’émotions que toute personne doit ressentir en ces lieux.
Donc comme j’ai pu l’écrire, nous étions arrivé devant l’entrée où juste sous nos pieds se trouvait le chemin de fer qui traverse tout le camp où de nombreux wagons venaient pour déporter les déportés qui étaient entassés à tel point que beaucoup ne survivent pas au voyage. Encore une fois l’émotion était là... Après rentrée à l’intérieur, je peux vous dire qu’elle était encore plus grande que lorsque j’avais pu l’apercevoir au loin.

JPEG - 181.9 ko

Nous avons marché le long d’une longue ligne droite qui était “le chemin de la mort” : c’est là que des millions de déportés ont marché. De part et d’autre de ce fameux chemin qui me semblait infini et dont chaque pas que j’effectuais je me mettait à la place de ces innocentes personnes, se trouvaient des baraques, des sortes de cabanes où étaient entassés les déportés, qui n’étaient pas du tout adaptées pour les températures glaciales de ce pays. Apres plusieurs minutes de marche, notre guide nous a réunis devant ce qui me semblait un bâtiment en ruine mais en voyant l’expression de son visage je m’attendais au pire. Apres quelques explications, j’ai compris que c’était une chambre à gaz qui a était détruite par les Allemands à l’arrivée de l’armée russe car leur but était de ne laisser aucune trace de leurs agissements. Je ne vais pas vous cacher qu’une larme est tombée en écoutant le guide nous expliquer comment les Allemands procédaient pour faire entrer les déportés dans les chambres et comment ils leur mentaient jusqu’au bout c’était affreux et inhumain.
Ensuite notre guide nous a emmenés vers des plaques commémoratives où il était écrit en plusieurs langues “À la mémoires des hommes, femmes, et enfant qui sont tombés, victime du génocide nazi. Ici reposent leurs cendres. Puissent leurs âmes reposer en paix ». Que dire ? Je pense que vous même en lisant cela vous en avez eu des frissons. Puis est venu le moment de déposer l’énorme bouquet de fleur devant l’une des plaque commémoratives pour montrer notre soutien, cela a été un moment très triste comme chaque moment depuis Auschwitz I...
Après cela notre guide nous a refait faire le long chemin que je trouvais interminable mais en sens inverse. C’était un décor très champêtre entre les baraquements très sommaires où de nombreux déportés mouraient de froid durant l’hiver glacial car ces baraques sans isolation n’étaient pas chauffées. Il y avait beaucoup de maladies qui s’y développaient à cause du manque d’hygiène. Les déportés y était entassés, ils dormaient sur des paillasses où ils dormaient à huit ou même dix. Les paillasses avaient la taille à peine d’un lit deux places. Puis non loin, il y avait les latrines, des sorte de toilettes où les déportés ne pouvaient faire leurs besoin que lorsque l’heure était venue et cela se faisait à la chaîne et devant tout le monde sans intimité : tout était fait pour les humilier. Après être sortis des latrines nous avons marché jusqu’à la sortie.
Mais un bout de moi et mes pensées sont restés la bas et y resteront pour toujours. Cette journée a été surement la journée la plus remplie d’émotion mais je ne regrette vraiment pas d’avoir pu avoir l’occasion d’y aller grâce à mes professeurs.
Camillia

JPEG - 796.5 ko
 
Lycée Denis DIDEROT – 23, boulevard Laveran - 13013 Marseille - tél : 04 91 10 07 00 – Responsable de publication : Mme Marie-Christine Viviers - ce.0130050j@ac-aix-marseille.fr
Dernière mise à jour : samedi 21 octobre 2017 – Tous droits réservés © 2008-2017, Académie d'Aix-Marseille