Denis DIDEROT
Lycée
Marseille - tél : 04 91 10 07 00 - fax : 04 91 10 07 34

Les relais de la mémoire – Conférence de Paris en mars 2016

mercredi 11 mai 2016, par M. Petitfrère, professeur d’histoire-géographie, Mme Villedieu, professeure d’histoire-géographie

JPEG - 158.8 ko

Du mercredi 17 au dimanche 20 mars se sont déroulées les rencontres des Relais de la mémoire à Paris. Nous avons été accueilli par le lycée Molière (paris XVIe) et le lycée la Providence (Vincennes).

Les élèves furent logés du mercredi 17 au dimanche 20 mars se sont déroulées les rencontres des Relais de la mémoire à Paris. Nous avons été accueilli par le lycée Molière (Paris XVIe) et le lycée la Providence (Vincennes). Les élèves ont été logés par les familles des élèves du lycée Molière. Ces rencontres ont été riches en débat, visites, échanges avec les conférenciers ou les élèves des autres lycées parisiens ou européens. Le thème annuel était "les enfants dans les conflits", sujet tristement actuel avec la situation de milliers d’enfants réfugiés du Moyen-Orient fuyant en Europe.

Voici le compte rendu des élèves du lycée Denis Diderot qui ont participé à ces conférences.

1ère journée : Conférence de Marie-Josée CHOMBART DE LAUWE

JPEG - 63.3 ko

Les relais se sont déroulés du 17 mars au 20 mars 2016 et les rencontres ont débuté le jeudi 17 mars 2016 avec le discours d’Yves Rollin, Président de l’association des déportés et des résistants de la Seconde Guerre mondiale, et d’Isabelle Jacquard, membre de la direction du lycée La Providence.
Pour débuter cette première journée nous avons assisté à l’intervention de Marie-José Chombart De Lauwe, psychosociologue et ancienne résistante déportée, qui nous a fait part d’un témoignage très émouvant.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle faisait partie d’une famille de résistants qui luttait contre l’occupation allemande en Bretagne. Elle a été arrêtée avec sa mère et envoyée en direction du Camp de femmes, à Ravensbrück en Allemagne. Elle était âgée d’environ 20 ans à ce moment là. Cette femme courageuse a été témoin de multiples horreurs dans ce camp dont les crimes des médecins, des crimes contre l’humanité, où des jeunes filles polonaises ont été utilisées comme animaux de laboratoire au block 32 et des femmes tziganes ont notamment été stérilisées.
Les femmes qui arrivaient enceintes dans le camp étaient d’abord forcées d’avorter. Si l’accouchement avait lieu le bébé était tué à la naissance. Mais à partir de 1944 les bébés ne sont plus tués à la naissance, ils sont placés dans la Kinderzimmer (salle des bébés). Marie-José Chombart De Lauwe est affectée à la Kinderzimmer et elle nous a raconté ce qu’elle y a vu. Les bébés, « avaient l’air de vieillard ». Il y avait un grand manque d’hygiène dans cette salle, il manquait de tout, notamment de couches. Les mères venaient 4 fois par jour pour nourrir leurs enfants mais il y avait très peu de lait et seulement 2 biberons dans le camp. Une forme de résistance des femmes se développe alors : elles recherchaient des bouteilles et gants en caoutchouc dans le camp pour fabriquer des biberons, les infirmières SS cherchaient du lait en poudre, du linge etc... ceci témoignent la solidarité entre les femmes du camp.
Les registres des naissances recensent 580 noms d’enfants nés à Ravensbrück avec le numéro de la mère, sa nationalité et le motif de son arrestation. Sur ces 580 enfants seulement une quarantaine a survécu. 21 Français sont nés à Ravensbrück à partir d’août 1944 mais seulement 3 ont survécu dont 1, Jean-Claude, le plus âgé, est né en novembre 44 et est toujours en vie aujourd’hui.
Le camp a été libéré par la Croix rouge, Marie-José Chombart De Lauwe a été libérée par un Suisse, elle n’a appris la mort de son père qu’à son arrivée en France en 1945. La première année aprés sa libération, elle a écrit ses mémoires. La deuxième année, elle épouse son mari, un ancien résistant lui aussi, 6 mois après l’avoir rencontré. Sa réinsertion a été rapide notamment grâce à l’amicale des anciens déportés de Ravensbrück. En 1954, elle s’engage dans la recherche scientifique.
En 1989, Marie-José Chombart De Lauwe contribue à la rédaction de la Convention internationale des droits de l’enfant adoptée par l’ONU. Elle a aussi créé une commission spécialisée pour les enfants à la Ligue des droits de l’Homme. Elle a reçu la Grand’Croix de la Légion d’Honneur en 2012. Aujourd’hui, Marie-José Chombart De Lauwe est une femme très occupée, elle traverse la France pour partager son témoignage, son expérience, ce qu’elle a vu et vécu notamment avec des enfants.
Maliza et Loïs

2e journée : les tables rondes

Les élèves ont eu la chance de rencontrer de nombreux témoins lors de la session des tables rondes qui se sont déroulées au lycée Molière. Voici quelques récits des élèves sur les tables rondes à laquelles ils ont assisté.

Odile de VASSELOT, résistante pendant la Seconde Guerre mondiale

J’ai donc eu la chance de rencontrer et d’écouter Mme Odile de Vasselot, résistante et agent de renseignement du réseau Comète, avec pour mission d’exfiltrer les aviateurs alliés tombés en zone occupée (en Belgique, en particulier). Elle est aussi fondatrice du lycée Sainte-Marie d’Abidjan en Côte-d’Ivoire. De plus, elle s’occupe activement de la Banque alimentaire.
Odile de Vasselot avait 17 ans quand la guerre a été déclarée. Elle s’est engagée dans la Résistance sans que sa famille le sache et faisait souvent des navettes entre la France et la Belgique. Dans le réseau, elle avait un rôle de guide. En effet, pendant la guerre, il arrivait que lors des missions, des parachutistes anglais se perdent ou n’arrivent pas à l’endroit attendu. Mme Vasselot nous a parlé d’une scène du film La Grande Vadrouille, qui lui rappelait leur situation. Lorsque ces derniers se perdaient, ils devaient se changer en civils pour ne pas être repérés en décousant leurs insignes et leurs boutons militaires et en enterrant leurs parachutes. Ces soldats avaient toujours un kit contenant des cartes de la région en étoffe, une trousse de couture et une petite boussole, qu’ils devaient suivre toujours vers l’Ouest. Lorsque les résistants les trouvaient, ils leur posaient des questions et après avoir vérifié leur identité en tant que soldats Alliés, les résistants du réseau Comète fabriquaient aux parachutistes anglais, surnommés les Boys, des fausses cartes d’identité (6 en tout). Avant de pouvoir les exfiltrer vers leur pays d’origine, il fallait loger quelques jours les Boys. Les logeurs étaient de plus en plus nombreux avec l’avancée de la guerre, malgré le fait que c’était dangereux et très risqué. En effet, les Boys devaient rester loin des fenêtres, ne pas fumer, etc. Les logeurs pouvaient même être suspectés à la boulangerie s’ils achetaient trop de pain. Odile de Vasselot entrait en jeu à ce moment-là. Elle était guide et emmenait les Boys pour passer la frontière franco-belge. Dans le réseau Comète, chacun avait un rôle précis, personne ne se connaissait, il y avait toujours un intermédiaire dont jean-Jacques, qui a aidé Odile de Vasselot dans son apprentissage pour passer la frontière sans être suspectée. Elle avait avec elle 2 Boys maximum et passait par de petits villages, des « passes », marchait en chantant pour se rendre à la gare, l’endroit le plus dangereux car les Boys ne parlant pas Français, il était difficile de répondre lorsque des contrôleurs leur posaient des questions. Odile de Vasselot devait donc tout faire pour que les Boys ne parlent pas et ne soient pas suspectés. Ce qui arriva à la fin de l’aide d’Odile de Vasselot dans le réseau Comète : des Boys furent arrêtés mais ne la dénoncèrent pas. C’était le 4 janvier 1944. Les gendarmes ont pourtant cherché le convoyeur de ces 2 Boys mais sans pour autant la trouver. A partir de cet événement, elle n’a plus eu de contact avec le réseau Comète, ce qui la laisse supposer que Jean-Jacques a été arrêté. Elle a continué la résistance avec d’autres réseaux.
Odile de Vasselot nous a expliqué que par cet engagement, elle ne faisait pas sauter des trains mais qu’elle permettait de réunir des familles et de sauver la vie d’hommes, des soldats qui luttaient pour elle, pour la Libération. Elle eu la chance de pouvoir résister sans avoir à tuer personne. La Résistance , cela pouvait être des actes simples.

andrea J.

Isabelle VAHA, dont le père était tortionnaire pendant la guerre d’Algérie

JPEG - 9.4 ko
JPEG - 45.5 ko

Isabelle VAHA est une femme qui, ayant appris le rôle de son père dans la guerre d’Algérie, fugua aussitôt. En effet, ayant grandit dans une famille politiquement d’extrême droite, elle découvre alors à l’âge de 8 ans que son père était tortionnaire durant la guerre d’Algérie. Son père était en effet légionnaire (engagé sans demande d’information, leurs méthodes étaient extrêmes) et a commis son premier meurtre à 17 ans. Il était membre d’un mouvement d’extrême droite nommé « ordre nouveau ». Isabelle VAHA n’est cependant pas algérienne car ses parents ne voulaient pas "qu’elle naisse au milieu des Arabes" mais ils retournèrent en Algérie lorsqu’elle eut atteint ses 2 ans. Ses parents voulurent l’éduquer à leur manière en lui inculquant la haine de l’autre et de la différence, sa mère d’ailleurs lui répétait sans cesse que « L’Algérie est si belle mais elle serait beaucoup plus belle sans les Algériens. ». Cependant elle raconte avoir eu une éducation religieuse qui lui appris à aimer son prochain et l’a empêché d’avoir la même vision que ses parents.
À l’âge de 8-9 ans elle est tombée sur les photos de session de torture de son père, dés lors elle confronta ses parents à plusieurs reprises et de différentes manières (discutions, lettres, etc...). Elle ne prit conscience de leur signification que plus tard à l’adolescence. Elle décida alors à l’âge de 17 ans de fuguer, son père la rattrapa et tenta de la tuer mais elle lui échappa de peu. À 18 ans, elle devint majeure donc son père n’eu plus le droit de la chercher. Ce fut la rupture définitive avec sa famille. Elle appelle son expérience une résilience, un terme psychologique qui consiste à utiliser sa souffrance pour devenir plus fort malgré la douleur. Elle raconte son histoire touchante dans son livre biographique, la petite fille de mostaganem.
Hanna

Philippe ROCHOT, journaliste reporter, notamment en zone de guerre

JPEG - 710.6 ko

Le vendredi, nous avons participé à des tables rondes ; Pour ma part, avec une dizaine d’élèves, nous avons assisté au témoignage de Philippe Rochot, un reporter spécialisé dans les conflits du Proche et du Moyen Orient depuis les années 70 et qui a notamment travaillé pour France 2.
Ils nous a parlé de son envie en tant que journaliste de mieux connaître la vie des enfants des ces régions du monde. Il nous a montré des photographies de certains enfants dont il a croisé le chemin lors de ses reportages. Une photo montrait notamment un enfant qui avait servi dans la propagande faite par Daesh, qui soutenait que "même les enfants pouvaient faire la guerre". Il nous a ensuite parlé de la vie de ces 3,5 millions d’enfants qui sont nés pendant la guerre. Selon l’ONU et l’Unicef, 80% d’entre-eux sont affectés par les conflits. Depuis 1998, au Proche et Moyen Orient, certains enfants, filles comme garçons, sont utilisés comme rebelles, suivent un entraînement militaire et son embrigadés dès le plus jeune âge.
En parlant d’éducation Philippe Rochot nous a parlé de l’existence de nombreuses écoles coraniques dans les régions les plus pauvres du Pakistan. Certaines, malheureusement enseignent le djihad, mais dans d’autres on peut même y apprendre l’écologie !
Une autre photo est à propos des conflits au Liban : on peut y voir des "enfants surveillants" près de Beyrouth Ouest. Philippe Rochot nous a donc parlé que ces "enfants bourreaux" sont prêts à tout, il veulent faire comme les grands, il se souvient même d’enfants lui ayant dit qu’ils voulaient faire comme Rambo.
On les envoie sur le front car ils sont trop légers pour faire sauter les mines, Philippe a dit de ces enfants qu’il sont "envoyés au casse-pipe" et qu’on pourrait les appeler de la "chair à canon".
Ensuite il nous a parlé du génocide rwandais, et des enfants qui ont vécu cette période. Sur 207 de ces enfants 90% ont un ou plusieurs proches qui a été tué, 56% d’entre ont vu un proche se faire tuer, et 46% d’entre eux ont vu un enfant tuer un autre enfant.
Aujourd’hui les Hutus et les Tutsis sont réunis mais ne parlent pas du génocide car cela pourrait réveiller des réflexes nuisibles, ou s’ ils en parlent, ils ne parlent pas d’expériences personnelles.
Les enfants qui vivent dans des périodes de guerre, et qui font la guerre peuvent développer des dépressions, de la tristesse, et aussi une perte de l’élan vitale.
C’est pour cela qu’il nous a rappelé que les enfants sont les premières victimes dans les conflits, et que, qu’un conflit dure longtemps ou pas, il peut avoir des répercussions sur les générations futures.
Alexia

René GROUSSARD, résistant de la Seconde Guerre mondiale

Il s’est engagé dans la Résistance alors âgé de 13 ans. M. GROUSSARD vient d’une famille protestante laïque et républicaine, ce qui correspond aujourd’hui au centre gauche, et militaire.
Son père, résistant, est fait prisonnier par les nazis puis rapatrié en 1941 en France. Il participe à la rédaction du journal « Libération Nord ». Celui-ci se fait fusillé devant son fils en Charentes avant que les Allemands n’occupent le domicile familial. René Groussard reste très marqué par cet évènement funeste. Quand on lui demande comment s’est opéré la Résistance des enfants, il répond que c’est quelque chose de naturel. Il se souvient aussi qu’avant l’occupation totale de la France en 1942, un homme de la Gestapo l’a sauvé des camps en le mettant dans un train pour aller en zone libre. Après la guerre, sa mère a créé la Fédération GROUSSARD dont il est devenu le trésorier. René Groussard est devenu agronome après la guerre, travaillant notamment pour le ministère de l’agriculture.
Chloé

3e journée : les débats entre juniors et les ateliers artistiques

Débats entre juniors - Thème 1 : Le terrorisme

Nous nous sommes interrogés sur les solutions à apporter au problème du terrorisme. Au travers du débat, nous avons conclu que le terrorisme ne peut être réglé que si les bonnes personnes y apportent une réponse géopolitique. Nous avons aussi exprimé l’idée qu’il faut arrêter les amalgames et les préjugés car cela divise les peuples, or ensemble nous sommes plus forts. Certains médias, cependant, ont selon nous tendance à accentuer les préjugés. Il faut donc arrêter de ne se reposer que sur ces médias pour confirmer une information et avoir du recul sur ce qui est dit et montré notamment à la télévision.
Hanna

Ateliers artistiques

Cette année, les ateliers artistiques se sont améliorés, avec des élèves d’autant plus motivés ! Théâtre, chant, mime, peinture, gym, tous ont apportés beaucoup d’émotions et ont été exécutés avec sérieux autour du thèmes des enfants dans la guerre.
L’atelier chant, mené par des ex-juniors, a été particulièrement émouvant. En effet, les paroles d’une chanson de Coldplay ont été revisitées en Anglais par les juniors eux-mêmes !
L’atelier peinture a été une vraie réussite. De très belles toiles ont été peintes par des groupes internationaux de 3 à 4 juniors. Les œuvres réalisées sont des tableaux d’artistes !
Les ateliers mime, théâtre et gym ont notamment évoqué la terrible expérience des parents qui devaient se séparer de leurs enfants…
Les ateliers ont été très enrichissant pour chacun de nous, et nous ont permis de grandir un peu plus, et comprendre un peu plus la vie des enfants dans la guerre, même si nous ne pourrons jamais vraiment ressentir ce que ces enfants subissent.
Comme toujours les Relais de la mémoire nous ont ouvert l’esprit, nous fait rencontrer de nombreuses personnes qu’on ne pourrait jamais rencontrer en temps normal…
Andrea FV

 
Lycée Denis DIDEROT – 23, boulevard Laveran - 13013 Marseille - tél : 04 91 10 07 00 - fax : 04 91 10 07 34 – Responsable de publication : Mme Marie-Christine Viviers - ce.0130050j@ac-aix-marseille.fr
Dernière mise à jour : mardi 14 juillet 2020 – Tous droits réservés © 2008-2020, Académie d'Aix-Marseille